Dans la Grande Pyramide de Gizeh, la « chambre du Roi » est couverte d’un système complexe de cinq niveaux de rives granitiques et d’une immense voûte en bâtière de calcaire dans la « chambre de décharge » la plus haute (dite « chambre de Campbell »). On ne sait pas si ce plafond pointu est composé d’une ou plusieurs couches de poutres aboutées comme on peut le voir dans les pyramides des Ve et VIe dynasties.
Bien que ce système unique dans l’architecture égyptienne ait été maintes fois décrit5, aucune étude récente n’est venue affiner les relevés effectués sur la voûte au XIXe siècle. A cette époque, on percevait encore nettement les marques et les inscriptions hiéroglyphiques, parmi lesquelles figuraient quelques chiffres, précieux témoignages rédigés par les bâtisseurs, malheureusement largement recouverts de nombreux graffitis modernes.
Ces inscriptions ont été recueillies puis publiées par John Shae Perring et Howard W. H. Vyse.
Les nombres hiéroglyphiques restants sont 4, 8 (un 18 modifié), 21 et 208 (un 23 modifié).
Quelques décennies plus tard, Flinders Petrie témoigne de leur existence et confirme la première lecture proposée.

PETRIE a conclu que la numérotation avait été faite d’est en ouest pour le côté sud, et d’ouest en est pour le côté nord.
Néanmoins, les planches publiées par Perring et Vyse montrent clairement que la numérotation va d’ouest en est pour les deux faces (fig. 1). Les observations que nous avions faites concordent avec cette affirmation (cf. infra).
Selon les érudits, cette voûte ne contiendrait que vingt-deux dalles de toiture, soit onze pour chaque face. Dès lors, Vito Maragioglio et Celeste Rinaldi ont cru révéler une maladresse dans la construction en affirmant que les ouvriers n’avaient pas respecté l’ordre indiqué sur les poutres aboutées.

En effet, s’il n’y avait que onze paires, la numérotation devrait être, en considérant les nombres de 1 à 11 côté nord, de 12 à 22 côté sud15. Mais ce n’est pas le cas.
Il semblerait alors que les chevrons n°18 et 21 soient décalés et pas au bon endroit. Selon les architectes italiens, le nombre 23 est impossible car il n’y aurait que vingt-deux dalles.
L’examen de photos récentes prises dans cet espace sous voûte permet de proposer une petite mise à jour de la connaissance de cette structure et de corriger l’analyse faite par les architectes italiens.
En effet, nous avons pu remarquer que le côté nord du plafond comporte un joint longitudinal situé à une dizaine de centimètres de sa jonction avec le mur est. Il apparaît donc clairement qu’il existe un 12e chevron (numéroté d’ouest en est) qui est en grande partie caché par la maçonnerie du mur oriental (fig. 2).

Comme les dalles n°23 et 11 se font face, il y a deux possibilités : soit il y a une 24ème dalle de couverture soutenant la 12ème, soit la 23ème qui pénètre dans la maçonnerie est exceptionnellement large pour venir s’adosser à la 11ème et la 12ème.
Cependant, cette dernière éventualité semble très improbable18. Ainsi, il n’y aurait pas seulement vingt-deux poutres aboutées, mais plutôt vingt-quatre.
En essayant de confirmer notre observation avec la documentation existante, nous avons constaté que Vyse avait constaté l’existence du chevron n°12 en dessinant clairement son joint dans ses vues en coupe19. Perring l’a fait aussi sur son rapport des inscriptions (fig. 1), mais l’a révélé plus clairement sur un autre de ses dessins.
Dès lors, la numérotation de Petrie prend tout son sens, les dalles de toiture commençant à l’ouest du côté nord et allant vers l’est. Mais, contrairement à l’affirmation de l’égyptologue britannique, il en va de même pour le versant sud (fig. 2). Les numéros sont donc aux bons endroits, et les constructeurs ont scrupuleusement suivi les consignes indiquées.
Il permet de mieux comprendre la manière dont les architectes ont agencé les principaux éléments de la voûte en selle. Les contreparties sont légèrement décalées pour assurer une meilleure cohésion de l’ensemble. Les numéros restants en face inférieure des poutres aboutées, 4, 18, 21 et 23, révèlent qu’elles ont été préparées et mises en place à un autre endroit, avant d’être posées à leur emplacement définitif sur le chantier dans un ordre préétabli. Le reste de la numérotation se trouve sans doute sur les autres faces des dalles que l’on ne voit pas.
Il y a aussi un hiéroglyphe particulier ( w3s sceptre Ouas ) pour chaque côté de la voûte : pour le côté nord, pour le côté sud (voir fig. 1-2.)
Le mur oriental a certainement été construit après l’achèvement de la voûte.

La pyramide d’Ounas a révélé des marques similaires sur la voûte en selle de sa chambre funéraire. La quatrième poutre d’about, partant de l’est du côté sud, porte le numéro 4 avec le signe . Le bloc du milieu du côté nord porte le numéro 2 avec le signe . Comme dans la pyramide de Khéops, il semble qu’une section d’ouvriers (appelée « phyle ») était chargée de poser tout un côté de la voûte. Ils étaient symbolisés par l’un de ces deux hiéroglyphes. Dans le cas d’Unas, les nombres ne semblent pas être liés à la position des dalles de toiture dans la pièce, mais avec les phyles (A. LABROUSSE, op. cit., p. 96, n. 32, 33..)

 

Traduction de “Masons’ Marks upon the Saddle Vault of the Upper Chamber in the Pyramid of Khufu” de Frank Monnier

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